Un poète nourri par les tangos de son enfance :

Le poète  Juan Gelman, qui a souffert de la manière la plus cruelle des méfaits de la dictature en Argentine, exilé, déraciné, a réussi néanmoins à continuer à écrire ; Citas y commentarios est le titre  donné à des textes  écrits en 1978 et 1979,  dans  la langue de Buenos-Aires, le porteño ; ces poèmes s'appuient sur la tradition mystique et font référence aux artistes du tango.

Qu'est-ce que les poèmes mystiques des siècles anciens et les tangos peuvent bien avoir en commun? Les uns et les autres chantent le désespoir, l'objet d'amour perdu et inaccessible.

Dans ce blog dédié au tango, que le tango soit le moyen de découvrir ou relire ces poèmes difficiles à faire entendre en français, mais difficiles aussi pour le lecteur de langue espagnole ; difficiles parce qu'il s'agit d'une poésie déchirée et déchirante, entre "fureur et tendresse, rage et douceur " comme le dit J. Ancet dans sa préface à sa traduction de Citas y commentarios parue sous le titre L'opération d'amour aux éditions Gallimard en 2006.

Comme le dit parfaitement Julio Cortazar :"Chez cet homme dont on a décimé la famille, qui a vu mourir ou disparaître ses amis les plus chers, nul n'a pu tuer la volonté de dépasser cette somme d'horreurs en un choc en retour affirmatif et créateur de vie nouvelle. Peut-être le plus admirable de sa poésie est-il cette presque inconcevable tendresse là où serait beaucoup plus justifié le paroxysme du refus et de la dénonciation".

Commentaire LIV (homero manzi)

amour qui taille / polit / met

dernière main et perfection /

là ne prend pas fin ton travail /

tu répands des refuges comme


des laits de feu afin que nul

ne cogne sur son amertume /

sur sa douleur / enfants que tu

protèges des murs de la nuit