El Compadrito

23 février 2016

Le guide musical du tango de bal, écrit par Michael Lavocah, traduit par Denis Feinberg

Emmanuel Krivine, chef d'orchestre, interviewé il y a peu sur France Culture, disait : le rôle d'un chef d'orchestre, ce n'est pas de se comporter en chef, mais d'offrir à l'orchestre son oreille attentive ; écouter vraiment l'orchestre, que l'orchestre sente cette écoute et s'écoute lui-même, cela suffit (presque) à le guider. Le problème des bals tango en France (mais à Genève aussi...) c'est le manque d'harmonie entre les couples. Peut-être suffirait-il, sans avoir à toujours rappeler  le code de circulation, que les couples écoutent vraiment la musique qu'ils dansent pour que le problème disparaisse et que chacun puisse profiter du plaisir d'être ensemble. Ecouter vraiment, cela signifie qu'on ne se contente pas d'avoir la musique en accompagnement de fond, qu'on ne se contente pas de se régler sur la pulsation (ce qui est tout de même mieux que rien) .

Pour perfectionner son écoute de la musique, on peut se faire aider par un livre très bien fait, très clair et très intéressant : "Histoires de tango : secrets d'une musique", écrit par Michael Lavocah en anglais et très bien traduit en français par Denis Feinberg. En français, il vient de paraître chez milonga press (www.milongapress.com).

L'auteur met à notre portée une histoire complexe en se centrant sur les plus belles années du tango de bal, sur les années 1940. Grâce à lui, nous apprenons ce que chaque grand musicien du tango a de particulier, comment du coup nous pouvons l'identifier (par exemple Di Sarli, dirigeant depuis son piano, privilégiant les violons par rapport aux bandonéons) ; le repère des années 40 permet de choisir sur qui on met l'accent, mais l'histoire des chefs d'orchestre est parfois si longue que l'immense richesse de la musique du tango est rendue sensible aussi à travers les décennies (Pugliese a formé son orchestre en 1939, ses musiciens lui sont restés fidèles trente ans, et  il a vécu jusqu'en 1995, assez longtemps pour assister au renouveau du tango que sa propre musique a rendu possible). La manière dont un tango est construit, les divers instruments qui composent l'orchestre, leur importance relative (les bandonéons chez D'Arienzo), la place du chanteur, les affinités entre tel chef et tel chanteur (Troilo et Fiorentino ; Pugliese et Chanel ; Di Sarli et Rufino) etc... savoir un peu mieux tout cela affine l'écoute, rend le corps plus sensible et permet que la danse de bal ne sombre jamais dans la répétition mécanique. C'est ainsi se donner à soi-même et aux autres plus de plaisir.

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17 mars 2013

"Tout dit ton nom" : nouvelle traduction du tango de Ivo Pelay, mis en musique par Francisco Canaro.

"Todo te nombra"

Traduction : Jacques Ancet

Desterrado de un amor...                       Moi l’exilé d’un amour...
Peregrino de un querer...                       Pèlerin d’un seul désir...
Fugitivo de tus ojos,                              le fugitif de tes yeux
sólo sueño con volver                            je ne rêv’ qu’à revenir
y mis noches se despueblan                   toutes mes nuits se dépeuplent
y de brumas es mi amanecer.                 mon matin est fait de brumes

De tu amor soy un cautivo                      De ton amour je suis captif
porque en mí todo te nombra;                 parce qu’en moi tout dit ton nom ;
desde el mar que brama altivo                 de la mer qui vient mugir
hasta el valle, que furtivo,                       jusqu’au vallon qui, furtif,
de tu amor me habla en la sombra.          de ton amour parle dans l’ombre.
Al cantar, te nombra el ave...                  En chantant, l’oiseau dit ton nom...
Al morir, te nombra el día...                     Le jour dit ton nom en mourant....
Y al pasar, el aire suave                          Et très doux l’air en passant
ecos trae de lejanía                                de loin porte des échos
que te nombran sin cesar...                    qui sans cess’ disent ton nom...

Que me puedas olvidar                           Que tu puisses m’oublier
mientras sólo pienso en ti,                      quand je ne pense qu’à toi,
que me niegues el cariño                        me refuser ta tendresse
mientras tengo tu alma en mí,                quand ton âme est toute en moi,
son las dudas que me envuelven             du jour où je t’ai connue
desde el día que te conocí.                      cette peur je l'ai en moi.

 

 

Pour entendre la musique de Canaro, cette vidéo de Mamié et Felipe :

 

(A mon père qui aimait les chansons, qui aimait danser, qui aurait 98 ans aujourd'hui. L.A.)

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01 mars 2013

Simone Kermess, Cecilia Bartoli chantent Vivaldi

Ce n'est pas du tango, mais c'est aussi le dialogue entre la rythmique des instruments et la mélodie de la voix, et cette musique est tellement magnifique qu'on ne peut que chercher à la partager.

 Vivaldi est depuis quelque temps redécouvert comme un immense musicien (en dehors des "Quatre saisons", beaucoup de ses partitions étaient restées dans les cartons). Né à Venise il y a exactement 335 ans, il a été en son temps un très célèbre violoniste virtuose, plus connu d'ailleurs sous son surnom "le prêtre roux" ; son oeuvre, particulièrement riche pour les  violons  et la voix,  oeuvre que J.S. Bach a beaucoup fréquentée, a été ensuite complètement oubliée, comme la musique baroque dans son ensemble ; aujourd'hui,  interprétée par des musiciens  et des chanteuses magnifiques comme la soprano allemande Simone Kermess ou la mezzosoprano italienne Cecilia Baroli , cette oeuvre stupéfie par sa puissance, sa vitalité ; l'aria "gelido in ogni vena" est un passage particulièrement poignant ; mais, dramatique ou joyeuse, cette musique, comme toute oeuvre d'art véritable, nous donne de l'énergie, nous "augmente" :

Simone Kermess et le Venice Baroque orchestra :

 

 

Et la version plus lente et intériorisée de Cecilia Bartoli :

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24 février 2013

"Bailar o milonguear" ? Danser en bal, est-ce possible ?

C'est à nouveau après un stage animé par Gisela Passi et Rodrigo Rufino (les 2 et 3 février 2013 à Annecy) que me vient l'envie de réfléchir. La pédagogie du tango a beaucoup évolué ces dix dernières années partout en France, les professeurs simplifiant de plus en plus leurs propositions, du moins quand ils s'adressent au public ordinaire des associations. Il y a encore quelques années, des compositions complexes de pas étaient enseignées, plus ou moins bien assimilées. Ainsi, quelqu'un qui a commencé à apprendre le tango social à la fin des années 90 s'affronte à ses débuts à des mouvements trop difficiles pour lui ;  après des années d'efforts pour assimiler les sacadas arrière et tours complexes, on lui propose maintenant des pas plus simples, lui donnant le sentiment d'avoir fait un trajet complètement irrationnel, et d'avoir un peu perdu son temps et ses sous. Car non seulement l'enseignement change, mais la pression sociale, la mode, rend ridicules les mouvements trop ambitieux dans le bal, les ganchos sont démodés, les volcadas amples déconseillées etc... Ce qui est bien maintenant c'est de faire le tour de la piste en faisant de petits pas en variant les directions et les rythmes.

Cette évolution a sans doute des causes multiples. Les danseurs de tango partis d'Argentine pour échapper à la répression et à l'interdiction de la pratique du tango devaient gagner leur vie en dansant sur scène des shows spectaculaires, inventant un tango très éloigné des pratiques argentines ordinaires du bal, du tango social. Ils devinrent aussi professeurs, s'adressant à un public impressionné par le tango spectacle mais incapable, n'étant pas danseurs de formation, de reproduire ces mouvements complexes. Le résultat fut des milongas perturbées par des "danseurs" beaucoup trop amples dans leurs mouvements, voire maladroits et pénibles pour leurs partenaires, pénibles aussi pour les autres couples. Le bon sens voulait que l'on remette en question de tels comportements. Danser le tango social, ce n'est pas montrer les dernières figures que l'on a acquises dans un stage auprès de tel ou tel professionnel, c'est participer à un événement collectif où le plus important est de savoir "milonguear", c'est-à-dire se déplacer dans le bal en étant attentif à sa partenaire, aux autres couples et à la musique. On a pris conscience en Europe de ce que le tango pratiqué dans les milongas de Buenos-Aires n'avait rien à voir avec le tango spectacle ; du reste,  les championnats du monde de tango à Buenos-Aires font la différence entre tango spectacle et tango social (pour les compétitions "tango de salon", le règlement interdit ganchos, boleos et autres tics tape à l'oeil).

Aujourd'hui les professeurs qui donnent des cours dans les associations insistent sur "milonguear" : savoir respecter le sens du bal, ne pas reculer, ne pas dépasser le couple qui danse devant soi, ne pas faire de grands mouvements de côté qui vous font quitter votre ligne, savoir exécuter des mouvements sur place quand on n'a pas la place de marcher, rester sobre pour ne gêner personne, ne pas faire faire de boleos qui pourrait heurter un voisin : tout cela n'est pas simple à acquérir. Il n'est pas si facile de danser sobrement et de varier néanmoins ses pas et son guidage pour que la danseuse ait du plaisir et soi-même avec elle. Ce n'est vraiment pas simple et nos bals sont loin d'être parfaits, mais leur allure d'ensemble est meilleure. On ne peut que vouloir avancer dans cette direction qui permet de danser non seulement avec sa ou son partenaire et dans la musique mais avec tous les autres danseurs (au lieu de danser  malgré eux, voire contre eux).

Néanmoins, il me semble qu'il ne faut pas non plus s'enfermer dans un système au risque d'appauvrir sa danse. S'enfermer dans un système, c'est s'interdire des possibilités. Un style comme celui de Mrs Miller qui a eu la bonne idée de vouloir faire la différence entre tango de spectacle et ce qu'elle a appelé "tango milonguero" a l'avantage d'être à la portée de tous les danseurs de bal, souvent plus tout jeunes, mais il repose surtout sur des interdits : pas de grands pas, pas de pivots. Or, si l'on a de la place sans nuire à ses voisins, si la musique y invite, pourquoi se priver d'un grand ocho avec pivot (par exemple)? Pourquoi, si la circulation du bal le permet, si la musique le suggère, se priver de grands pas lents ? Le tango est une danse qui a été inventée par des danseurs créatifs qui ne cherchaient pas à édicter des interdits mais à explorer des combinaisons nouvelles à partir des éléments de base de cette sorte de langage qu'est le tango. Et depuis, les danseurs inventifs n'ont cessé de proposer de nouvelles combinaisons et de nouveaux styles. Il y a deux tendances à l'oeuvre dans l'évolution du tango, comme partout : la tendance à inventer du nouveau et la tendance à l'imitation qui fait se répandre comme une épidémie ce qu'un danseur admiré a proposé -quand on est capable de le répéter-, mais qui fait aussi s'assujettir à la mode, en l'occurrence aujourd'hui celle d'un tango minimaliste. 

A ma question initiale, j'ai envie de répondre "d'abord milonguear, mais sans oublier de bailar", d'étirer son corps, allonger ses mouvements, de pousser sur la jambe d'appui, de faire les plus belles dissociations possibles,  de sans cesse lutter contre les mouvements et fioritures mécaniques, en somme essayer d'aller le plus loin possible dans ses propres possibilités, quelles que soient ces possibilités (le plus loin possible tant qu'on ne maltraite pas son ou sa partenaire et le bal), plutôt que de choisir un tango "petits pas" sous la pression de ce qui est devenu le nouveau conformisme.

 

Diego Benavidez et Natasha Agudelo dansent un merveilleux tango social style "Villa Urquiza" :

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10 janvier 2013

Stage à Annecy avec Gisela Passi et Rodrigo Rufino (MJC des Romains) les 2 et 3 février 2013

Nous avons à nouveau la chance de pouvoir participer à un stage de week-end avec Gisela et Rodrigo :

le programme sera le suivant : vendredi soir, milonga des Romains en présence de Gisela et Rodrigo.

samedi deux ateliers (deux heures et quart de cours, un quart d'heure de pause) : de 13 heures 30 à 16 heures : tango milonga (intermédiaires) ; de 16 heures 15 à 18 heures 45 : tango (avancés).

à partir de 19 heures, buffet canadien ; à 21 heures, soirée milonga.

dimanche deux ateliers : de 11 heures à 13 heures 30 : tango intermédiaires 1. De 15 heures à 17 heures 30 : tango valse (intermédiaires)

Gisela et Rodrigo non seulement offrent l'exemple d'un couple merveilleusement élégant, mais encore ont l'art d'encourager leurs élèves, de donner le conseil qui permettra des progrès ; ils savent à la fois être rigoureux, exigeants, et pleins de gaieté.

 

 

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31 décembre 2012

Kioko et Iroshi Yamao

 

Une découverte qui n'en est sans doute pas une pour les afficionados éclairés : Kioko et Hiroshi Yamao ont été champions du monde dans la catégorie "tango de salon" en 2009. Ce que j'apprécie aujourd'hui chez eux, c'est la grande sobriété qui inclut de la subtilité (par exemple dans la manière de danser les fins de phrases musicales). Leur sobriété permet de travailler soi-même à partir des vidéos disponibles (même si une vidéo ne peut exposer comment se fait le guidage, avec un peu d'expérience, on peut trouver par soi-même) ; on peut se servir de leur exemple pour lutter contre les "pas parasites".

02 novembre 2012

Une lecture de "Trois minutes avec la réalité", roman de Wolfram Fleischhauer.

 "Trois minutes avec la réalité", de Wolfram Fleischhauer, a été publié en 2001,  traduit en français par Johannes Honigmann et publié en 2012 aux éditions Actes Sud.

Article de L.Ancet :

Ce gros roman de près de 500 pages, qui se lit sans fatigue ni ennui, intéressera bien sûr particulièrement ceux qui pratiquent le tango ; mais il séduira tout lecteur ; il propose une sorte d'initiation au monde du tango, dit le choc de la rencontre avec cette musique et cette danse à la fois populaires et complexes. La narration construit une histoire d'amour - une danseuse de ballet classique s'éprend d'un danseur de tango de scène - ; et ce fil narratif rend possible la verbalisation de toutes les émotions que peut provoquer la découverte d'une musique et d'une danse prenantes, la découverte d'un microcosme bien particulier, celui des milongas de Buenos-Aires, régies par des codes compliqués.  Mais mieux encore, la "petite" histoire des vies individuelles est enracinée dans l'histoire des peuples, ici une histoire  terrible, celle de l'Argentine martyrisée par les dictatures militaires, et celle des responsabilités américaines et européennes dans l'organisation de la répression anticommuniste.

Avant de le rencontrer vraiment, Giulietta pensait que "le tango avait quelque chose de poisseux, de geignard, et en même temps de m'as-tu vu." (p. 58)  Lorsqu'elle l'entendit soudain, elle s'aperçut que "la musique était irrésistible... Cette musique avait quelque chose de pesant ... Il y avait quelque chose d'africain dans cette mélodie, dans la monotonie incantatoire et hypnotique des tambours...Contrairement à la musique classique qui était extravertie, rationnelle et aérienne, cette musique lui paraissait introvertie, pensive, irrationnellle et pourtant aussi attachée à la terre qu'une charrue. Mais en même temps, elle y percevait une consolation singulière. Il y avait quelque chose de Dvorak en elle, de Rachmaninov, mais aussi de musique tsigane..." Qu'une danseuse de ballet (Giulietta) rencontre un danseur de tango (Damian/Julian) permet des réflexions intéressantes sur la différence entre la danse classique et les mouvements du tango : "c'était avec ces mouvements qu'il l'avait ensorcelée ce jour-là. Et maintenant elle savait pourquoi. Parce que ces mouvements étaient à l'opposé du ballet, mais d'une qualité égale..." Dans le ballet, le danseur s'élance vers le haut, le ciel ; le danseur de tango s'ancre dans la terre. Dansant à son tour le tango, Giulietta "imagina que le sol était un aimant et ses pieds en fer. Elle serrait ses genoux et ses cuisses. Son torse était droit et calme, sa poitrine était fièrement dressée. Puis elle commença à reproduire les premiers mouvements, la démarche furtive, féline."(p;366)

Nombreuses sont les pages dans ce roman qui analysent finement les caractères originaux du tango ; les situations et personnages permettent des références savantes à différents moments de l'histoire de cette danse, de cette musique, permettent aussi d'éviter l'apologie, le discours constamment fasciné.

Le tango se danse sur la scène de manière spectaculaire, mais il est aussi une danse sociale régie par des codes compliqués. Ces codes régissent non seulement la danse mais les rapports sociaux dans les milongas. Il faut savoir que dans le tango "rien n'est vraiment authentique, aucun sentiment, aucun geste", explique Damian (p. 115). On joue l'amour torride dans le tango de scène et l'intimité dans le tango social. "Tout est mascarade, rituel, simulation". Et il faut comprendre que rituels et simulation permettent le jeu, c'est-à-dire la liberté. Mais "celui qui prend cela trop au sérieux sera terriblement déçu". Et on peut aussi se sentir mal à l'aise,  ressentir les codes comme maniérés. C'est le cas de Giulietta dans une milonga de Buenos-Aires : "Sans savoir pourquoi, elle ressentit soudainement une aversion profonde pour ce qui l'entourait ici, pour ces gens et leurs rituels mélancoliques." "ça l'étouffait. C'était comme respirer dans une pièce sans air. Cette musique avec ses promesses perpétuelles et jamais accomplies. Ces étreintes qui n'en étaient pas. Ces contacts qui ne saisissaient jamais rien d'autre qu'une langueur pareillement inassouvie. Les corps étaient tous accrochés les uns aux autres comme les naufragés à une poutre qui dérivait sur la mer.." (p. 274)

Mais on ne dit pas tout du tango en en dénonçant le côté artificiel. Car indéniablement, il y a aussi dans le tango "quelque chose de simple, d'archaïque, d'immédiat" (p. 283) ; "l'homme et la femme répartis selon des rôles clairs. Unis en un couple, dans leur isolement et leur solitude éternelle... Tout bien pesé, cette danse n'avait rien d'érotique. Elle avait plutôt quelque chose de religieux. Comme une prière à deux. Les visages qu'elle avait observés ces derniers jours étaient tous empreints de gravité et de recueillement. Les corps atteignaient le stade suprême de la concentration, les fronts étaient plissés, l'attention était dirigée entièrement sur le partenaire...La concentration suprême conduit à l'oubli de soi."

 

 Nous relèverons un passage qui a le mérite de souligner un aspect du tango que nous n'avons guère vu exposé. Le prétexte à ces remarques est la rencontre entre Giulietta, perdue dans une milonga, et une sociologue canadienne passionnée par cette danse : "certaines des grandes figures du tango étaient homosexuelles. A commencer par Carlos Gardel", ose déclarer Lindsey. (p.213) "Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que le tango est un phénomène culturel totalement homosexuel." Lindsey rappelle ce que tout amateur de tango sait : le tango a été inventé par des hommes blancs immigrés d'Europe qui étaient trop nombreux pour les rares femmes disponibles et qui pouvaient trouver dans la danse un atout de poids pour séduire, caricaturant alors  ceux qui étaient les meilleurs danseurs, les Noirs, encore nombreux  à la fin du 19 ème siècle avant qu'ils ne meurent de surtravail ou dans les guerres . "Mais le manque de femmes a également rapproché les hommes. Ils attendaient ensemble leur tour dans les bordels, et quand ils ne picolaient pas, ne fumaient pas, ne se castagnaient pas ou ne se lamentaient pas sur leur patrie perdue, ils chantaient et dansaient le tango ensemble." Lindsey continue à argumenter  sur ce thème : pourquoi le tango aurait-il été interdit si ce n'est parce que le tango déclenche des peurs irrationnelles en Occident en mettant à mal le rôle traditionnel de l'homme blanc? "L'homme y devient féminin. Il s'accroupit, il gémit, il sanglote comme une bonne femme. Ecoute donc les textes. Dans huit tangos sur dix, l'homme est assis, saoul, dans un bar et pleure parce que sa femme l'a quitté. Ce n'est pas une image très convaincante du macho dominateur, non?" Le tango est apparu dans un milieu masculin (gauchos, gangsters, souteneurs),  rempli d'homosexualité latente comme toujours dans ce genre de milieu. Le tango est le masque que se donne une homosexualité impossible à montrer : on joue au macho pour cacher l'impensable (le côté maniéré du tango, la mise en évidence de ce qu'on ne fait que jouer avec des rituels, jouer la passion pour la femme, comme nous le disions plus haut, confirme cette hypothèse). La thèse de Lindsey (c'est l'avantage du genre "roman" que de permettre de donner forme à des thèses par la bouche de tel ou tel personnage, sans que l'auteur ait à  se prononcer personnellement sur l'une ou l'autre), c'est que le renouveau du tango dans les années 80 est directement lié au féminisme ; là encore les femmes deviennent plus difficiles d'accès, elles se débrouillent seules et la conséquence est la féminisation de l'homme. Mais alors que le tango des origines est dansé dans les classes les plus pauvres, dans les années 80, ce sont les intellectuels qui le dansent.

 

Ainsi ce roman réussit, en même temps qu'il nous raconte une intrigue, à évoquer les multiples aspects du tango de ses origines (à la fin du 19 ème siècle) à nos jours. Mais ce serait mal rendre compte de ce livre que de ne rien dire de l'enracinement de l'histoire de Damian et Giulietta dans l'histoire de l'Argentine,  où les juntes militaires firent régner la terreur, tuèrent cruellement les résistants à la dictature, volèrent les enfants nés dans les prisons et les camps, les confièrent à des familles favorables au régime, ajoutèrent à la violence  le mensonge. D'une histoire aussi chaotique les conséquences sur les vies individuelles concernent plusieurs générations,  non seulement en Argentine mais encore en Europe, compromise dans ce qu'on a voulu appeler des "disparitions". Damian et Giulietta figurent ces enfants à qui l'on ment, à qui l'on cache leur histoire, et qui finissent par la vivre quand même, y compris dans le tango, dans leur compréhension du tango ; Giulietta  finit par danser, inspirée par Damian, une improvisation sur le morceau de Piazzolla qui donne son titre au livre "Tres minutos con la realidad" et en parle ainsi  "Il n'y a pas de fierté dans les mouvements. Il y a quelque chose de traînant, de lourd, une sorte d'abattement ." Le tango ce n'est ainsi pas seulement la passion, le tempérament, la jouissance, à quoi on veut le réduire ordinairement. "Le tango naît du désespoir et finit dans le désespoir. Il est la préparation de ce qui n'advient jamais, le souvenir de ce qui n'est jamais advenu." La violence, la terreur qui envahissent l'histoire collective, on les retrouve dans la musique d'un musicien comme Piazzolla ; il est impossible de danser cette musique si l'on n'a pas l'intuition du tragique qu'elle charrie. Au-delà des personnages qui formulent de telles remarques, cette fois c'est sans doute l'auteur lui-même du roman, danseur de tango et passionné par la musique de Piazzolla, qui dit ici sa pensée.

 

Pour écouter l'oeuvre de Piazzolla intitulée "trois minutes avec la réalité" :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

03 octobre 2012

Stage de tango argentin à Annecy

 

 

Au week-end du 13 et 14 octobre, à la MJC des Romains à Annecy, Sofia Saborido et Andres Sautel animeront quatre ateliers de deux heures et quart (avec pause) : le samedi 13, cours intermédiaire de tango, milonga intermédiaire. Dimanche matin : technique homme, femme et couple ; après-midi, musicalité.

Pour des renseignements plus précis pour s'inscrire, voir "les fondus de tango".

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30 septembre 2012

Présentation d'Artem (dit Tioma) Maloratsky el Ruso

Nous avons traduit des pages du blog d'Artem Maloratsky sur ce blog (avec son autorisation) et nous avons enfin reçu  photo et présentation de son travail nous permettant d'en dire plus sur l'auteur de "Tango principles" :

 

Tioma Maloratsky et Gayle Madeira enseignent le tango argentin et en font des démonstrations  régulièrement à New York et  ses environs. Tioma est aussi DJ dans de nombreuses milongas . Tioma et Gayle ont un cours de tango argentin avec pratique dirigée tous les mardi soirs aux studios Ripley à New York ; Tioma est DJ tous les lundi soir à Ensueno Milonga dans le restaurant ukrainien East Village. Gayle et Tioma travaillent aussi chacun avec plusieurs autres partenaires.

A eux deux, Tioma et Gayle ont un total de 32 années d'expérience d'enseignement. Ils ont aussi une vaste expérience des différentes modalités du mouvement incluant la méthode Alexander, le Taï Chi, le Ney Kung, la gyrotonique, les pilates, le yoga, la barre au sol et l'improvisation. Tioma danse le tango argentin depuis 18 ans, Gayle danse depuis 37 ans (ballet classique et moderne), le tango depuis 6 ans. 

Gayle et Tioma dansent le tango traditionnel, style tango de salon, improvisé, avec abrazo fermé. Ils s'efforcent de promouvoir le tango élégant partiqué par les danseurs de Buenos Aires des années 30 et 40.

 

Tioma Maloratsky and Gayle Madeira currently teach and perform Argentine tango in and around New York City. Tioma also DJs at various milongas in and around New York City. In addition, they teach an Argentine tango class with a coached practice every Tuesday night at Ripley Grier studios in New York City and Tioma produces and DJs at Ensueño Milonga every Monday night in the Ukrainian East Village Restaurant, New York City. Gayle and Tioma perform and teach tango  with each other as well as with various other partners.

Between the two of them, Tioma and Gayle have a total of 32 years of dance teaching experience. They also have extensive experience in various movement modalities including the Alexander technique, tai chi, nei kung, gyrotonic, pilates, yoga, floor-barre and contact improvisation. Tioma has been dancing Argentine tango for 18 years. Gayle has been dancing for 37 years (ballet and modern) and tango for 6 years. To read their full bios, go to the About page.

Gayle and Tioma dance traditional, close embrace, salon style, improvised tango and strive to emulate the elegant dancing which was done by dancers from Buenos Aires of the 1930s and 40s .

10 septembre 2012

Comment bien apprendre le tango à Annecy (stages, cours)

 

Stage les 2 et 3 février avec Gisela Passi et Rodrigo Rufino, à la MJC des Romains. (cf le détail du programme sur la page de ce blog consacrée aux activités des Fondus de Tango à Annecy).

 

 

 

Rentrée septembre 2012 :  Sofia Saborido et Andres Sautel donneront  à la MJC des Romains, le mercredi soir, trois semaines par mois, des cours organisés selon trois "niveaux" à 19 heures, 20 heures 5 et 21 heures 10 (la répartition des participants entre ces niveaux sera déterminée par les professeurs après la prise de contact). Se renseigner auprès de la MJC dès maintenant.

 La formule de l'an dernier (voir ci-dessous) est ainsi reprise et améliorée.

 

 

Le 23 septembre, à l'occasion de la fête des 40 ans de la MJC des Romains, à 9 heures (du matin), petit déjeuner et pratique jusqu'à midi avec les danseurs de l'association "les fondus de tango".

 

Les 13 et 14 octobre, stage à la MJC des Romains avec Sofia Saborido et Andres Sautel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis le 14 septembre 2011, la MJC des Romains  propose une formule d'apprentissage du tango argentin qui n'a jamais pu jusque là être mise en place à Annecy  :

 

 

Pour un nombre limité de couples de danseurs (c'est important pour travailler dans de bonnes conditions), des cours quasi hebdomadaires avec une grande professionnelle du tango (grande par les compétences pédagogiques et le talent de danseuse, bien que toute jeune femme). Cette année (2012.2013)  Sofia Saborido, danseuse argentine vivant à Grenoble, aura pour partenaire Andres Sautel. Tous deux proposeront des cours successifs de 1heure chacun, un cours destiné aux débutants, un cours à des personnes ayant déjà pratiqué le tango au moins un an, notamment les personnes ayant participé au cours pour débutants  l'an dernier à la MJC, un cours destiné à des personnes pratiquant depuis longtemps et voulant se perfectionner.

 

 

Cette formule, soutenue par l'association "les fondus de tango" est nouvelle à Annecy : jusque là les professionnels intervenaient beaucoup plus rarement, et les bénévoles essayaient de prendre en charge les entraînements, comme cela se fait dans beaucoup d'associations, avec l'idée qu'un débutant n'a pas besoin d'un grand danseur pour faire ses premiers pas. Les "Fondus de tango" ne partagent pas ce point de vue ; ils ont parfois eu eux-mêmes de grandes difficultés pour rencontrer des enseignants de haut niveau, et savent qu'au mieux on perd beaucoup de temps, au pire on construit de mauvaises habitudes dont il est très difficile de se défaire. Apprendre le tango c'est apprendre la technique de la danse à deux dans l'improvisation constante ; c'est une technique très précise qui exige un très bon professeur et qu'on ne soit pas trop nombreux dans le cours. Les membres de l'association sont très heureux de pouvoir participer à un projet qui leur convient parfaitement et de contribuer à d'aussi bonnes conditions d'apprentissage.

 

Sur You tube, Sofia danse avec Carlitos :

 

 

 

 

Des stages de week-end auront lieu à la MJC des Romains, organisés par "les fondus de tango" :

- les 13 et 14 octobre 2012 avec Sofia et Andres.

- le premier week-end de février 2013, avec Gisela Passi et Rodrigo Rufino, déjà venus nous enchanter à Annecy plusieurs fois :

 

 

Les Fondus de tango ont proposé  deux stages de week-end à la MJC des Romains à Annecy  avec le merveilleux couple que forment Gisela Passi et Rodrigo Rufino, les 15 et 16 octobre 2011, et les 4 et 5 février 2012.