tango et rhétorique
L' excellente émission de France Culture "On ne badine pas avec le jazz" était consacrée ce dimanche matin 29 janvier 2012 à "Jazz et philosophie". L'émission m'a paru maladroite (un mot comme "liberté" ou "vérité" dans le titre d'un morceau, ou bien la citation, à l'origine de l' improvisation d'un jazzman, du poème symphonique de Richard Strauss inspiré par Nietzsche, suffisait à établir un lien entre jazz et philosophie) ; mais cette maladresse même m'a en quelque sorte autorisée à rédiger quelques lignes sur le sujet "tango et philo", sujet qui m'interpelle, comme on dit aujourd'hui, depuis un certain temps.
Récemment, j'ai aidé un jeune homme (très travailleur et brillant) à se familiariser avec les contraintes de la dissertation de philosophie au baccalauréat et j'ai été frappée par les similitudes entre les difficultés de la rhétorique et celles de l'improvisation dans le tango de bal! C'est sans doute parce que l'on appréhende toujours les expériences nouvelles avec son savoir faire précédemment acquis (Piaget appelait cela "assimilation"), qu'un professeur de philosophie qui en est venue à s'intéresser au tango voit un rapport entre ses deux centres d'intérêt, tandis que d'autres personnes feraient d'autres rappochements (tango et gymnastique chinoise, tango et ski (à cause des appuis et des pivots), tango et psychanalyse)...selon leurs propres activités. -Du reste, certains ne se gênent pas pour en faire le sujet de stages onéreux.
Ce n'est ainsi pas de questions philosophiques particulières que je voudrais parler, en rapport avec le tango, mais de la méthode de rédaction de la dissertation : comment on fait une introduction pour construire le fil directeur de la dissertation, trois parties découpées en paragraphes -chacun ordonné par le développement d'un argument-, une conclusion, des transitions entre ses idées qui maintiennent le fil directeur, comment on doit apprendre à développer un argument ; et comment on retrouve des contraintes semblables dans le tango. Ce qui m'a d'abord amusée, c'est que le jeune homme, qui me demandait de l'aide tout en travaillant beaucoup de son côté, et qui multipliait les références aux analyses des philosophes qu'il avait commencé à rencontrer, avait les mêmes défauts qu'un danseur encore novice qui s'applique à reprendre les figures qu'il a apprises, toutes les figures qu'il a laborieusement apprises et qu'il veut mettre bout à bout tout au long des trois minutes que dure un tango. Le danseur qui a déjà suivi beaucoup de cours et stages veut à tout prix rentabiliser son savoir, et croit que, s'il ne fait pas le tour de ce qu'il sait, sa partenaire va s'ennuyer (alors que c'est justement en étant confrontée à la mise bout à bout de figures plus ou moins inconfortables qu'elle souffre).
Dans la rhétorique de la dissertation, ce qui compte, c'est l'art de se centrer sur la question posée, de construire un solide fil directeur, de savoir sacrifier des remarques qui risquent d'entraîner hors sujet, de toujours prendre son lecteur par la main par des transitions, bilans provisoires, questionnements explicites sur ce que l'on a déjà mis en place, sur ce qui manque encore. Dans le tango, les cours de musicalité nous confrontent à l'écoute du tango que l'on va danser (on ne danse pas de la même manière un tango de Di Sarli dans sa période de maturité et un tango de Biagi ; il ne faut pas se tromper de sujet). On commence par écouter la première phrase musicale en enlaçant sa partenaire, en décidant de la jambe sur laquelle on s'appuie, en se concentrant grâce à quelques fioritures (c'est une introduction). On donne sa place à la marche ; on chemine comme la pensée elle-même chemine. D'un bout à l'autre du tango, on improvise en éliminant ce qui ne convient pas à son style, on sacrifie les figures qui ne s'accordent pas avec son rythme (et aussi aux conditions du bal), on ménage des transitions confortables à sa partenaire. La construction musicale des tangos invite à modifier légèrement sa danse en fonction des phrases musicales : on ne peut danser deux phrases musicales de manière identique sans marquer le passage de l'une à l'autre, de même qu'on ne peut développer le même argument dans deux paragraphes successifs (la construction en paragraphes est une convention pour aérer la présentation, rendre apparent le changement d'argument). De même que la pensée se découpe pour mettre en évidence des articulations, la danse doit s'aérer, ménager des pauses, articuler différents moments. On ne peut danser tout le morceau de manière homogène, continue.
En bref, danser un tango suppose la mise en oeuvre d'une véritable rhétorique. Il ne suffit pas de connaître des figures nombreuses pour bien danser, même si on les exécute bien, même si on les rend confortables pour sa danseuse. De même qu'il est impossible de faire une belle dissertation en mettant bout à bout de belles "figures" philosophiques (j'entends par là telle ou telle analyse, comme celle des effets du regard d'autrui analysé par Sartre ou la démarche de Descartes qui aboutit à "je pense, je suis"), de même il ne suffit pas d'enchaîner des "sandwichitos" ou des "media luna", ou des "americanas"! On dira que nous sommes en train d'ajouter une contrainte aux autres contraintes, qu'on se demande quelle place reste à l'improvisation. Mais paradoxalement, la contrainte rhétorique, qu'il s'agisse d'une dissertation ou d'un tango dansé dans un bal, est l'injonction à s'affirmer comme l'auteur de son texte ou de sa danse : il s'agit de dire "je" par les choix que l'on fait, par les transitions que l'on ménage.
la danse n'est pas théâtre
Mon point d'appui est un chapitre du livre d'Alain Badiou "Petit Manuel d'inesthétique" publié au Seuil en 1998, chapitre consacré à la danse ("la danse comme métaphore de la pensée"). A.Badiou lui-même y prend appui sur Nietzsche et Mallarmé.
Cette lecture me permet de me dégager provisoirement de mes préoccupations habituelles pour le code du tango et son apprentissage difficile ; et elle me permet d'essayer de donner forme à ce que je perçois quand je regarde danser. Certes tout ce qui concerne le tango peut m'intéresser : les renseignements sur son histoire, sur la pratique sociale du tango hier et aujourd'hui. Mais, quand je regarde danser vraiment le tango, ce qui m'intéresse c'est la danse elle-même, ce sont les corps dansants, ce n'est pas le folklore, ce ne sont pas les mises en scène, les costumes, les colifichets (bien que je puisse m'en amuser) ; la virtuosité visible me lasse (bien que je puisse l'admirer en tant que virtuosité). Il reste donc à dire ce qui retient mon regard jusqu'à la fascination.
La première chose à dire est que la danse n'est pas gymnastique (1); la gymnastique, c'est le corps réglé du dehors, musclé, capable, obéissant, soumis. Mallarmé, cité par Badiou, dit que "la danseuse ne danse pas " : elle ne danse pas au sens où au moment de la danse, elle oublie tout savoir, tout savoir de danseuse (et Dieu sait que ce savoir a été durement travaillé, péniblement acquis) ; cela veut dire que le corps dansant est "mobilité qui se déplie elle-même comme si elle était l'expansion de son centre". Le corps qui danse est improvisation pure, recréation dans le moment du geste, invention dans le moment du mouvement. Du moins c'est ce qui doit être rendu visible. La danse n'obéit à rien, n'est soumise à rien ; elle n'est pas la réalisation d'un programme ; elle n'est pas chorégraphie. Elle ne peut pas même être soumise à la musique. Badiou dit justement que dès que la musique commande la danse, elle la menace d'être transformée en marche militaire : c'est une menace qui pèse sur le tango, qui peut se dégrader en marche obéissant à la cadence de la musique (2) ; mais de même que le grand musicien n'est jamais pris par la cadence, les grands danseurs investissent la marche à chaque pas, en en faisant autre chose qu'une affaire de jambes, comme s'ils la déployaient depuis son centre.
La deuxième chose, qui m'a toujours à la fois frappée et paru mystérieuse dans la danse, c'est la retenue (3) : la retenue ne peut se voir que dans le mouvement, certes, et même jusque dans la virtuosité, la rapidité. Mais elle doit être visible, sinon, comme le dit Niezsche, on est dans la vulgarité. La vulgarité consiste à céder à ses impulsions (4). Dans la danse, le mouvement -qui peut être rapide- est habité par sa propre lenteur. "Le mouvement est habité par sa lenteur latente". Le corps qui résiste à ses propres impulsions manifeste la lenteur secrète de ce qui est rapide. Cette lenteur latente rendue visible est ce qui montre le corps en proie à l'imminence.
La troisième chose porte sur l'homme et la femme dans la danse : Badiou en parle à propos de toute danse, mais si on se centre sur la pensée du tango, le thème est crucial car le tango a pour étiquette d'être la danse la plus érotique, la plus sexuelle... Mallarmé dit de toute danse qu'elle "n'est que la mystérieuse interprétation sacrée du baiser" ; au centre de la danse, il y a la conjonction des sexes, leur omniprésence. Dans toute danse il y a deux positions sexuelles qu'on appelle homme et femme, que le codage du tango peut exacerber jusqu'à la caricature. Mais il faut ajouter toujours avec Mallarmé que dans toute danse, il y a "omniprésence effacée des sexes". Cette formule contradictoire signifie que la danse est une forme qui n'organise pas tant désir, sexuation, amour, que rencontre, enlacement, séparation. Chaque danse utilise pour cela un code particulier ; le tango a le sien pour organiser spatialement ces trois termes (que ses poètes ne cessent de chanter) ; le tango est essentiellement nouage de ces trois termes ; et il est l'art de faire durer l'enlacement, de le varier infiniment, d'ajourner la séparation. Le tango me semble dissimuler le plus possible, le plus longtemps possible, que ce qu'il code, c'est la corrélation entre rapprochement et séparation, entre être et disparaître. Ce qui compte, ce n'est donc pas que dansent un homme et une femme dont les costumes et maquillages exacerberaient la différence (5), mais qu'un code permette de reconnaître que la danse est métaphore de l'événement : l'être de l'événement est le disparaître.
Dans la danse, la danseuse n'est pas une danseuse (elle ne doit pas apparaître comme celle qui sait la danse qu'elle exécute), elle n'est pas une femme (6)(elle est figure de l'apparaître et du disparaître) ; les corps sont nus au sens où ils n'ont rien à faire de costumes, de colifichets, d'ornements ; celui qui regarde la danse n'est pas quelqu'un, il n'est pas au spectacle ; la danse n'est pas un spectacle, n'est pas du théâtre ; le regard du spectateur de danse est impersonnel ; il regarde la forme donnée au lien entre être et disparaître. La danse, éphémère puisque quand elle s'arrête il n'en reste aucune trace, est forme de la disparition.
(1) Je me souviens du rire inextinguible et irrésistible de notre amie Catherine à qui je montrais en vidéo la performance d'un couple de danseurs de tango virtuoses enivrés de leur virtuosité, caricatures des danseurs qui savent tout faire, en perpétuelle recherche de ce qu'ils pourraient faire d'encore plus rapide, d'encore plus gymnique, des danseurs qui savent danser le tango!
(2) Certains de nos professeurs nous proposent de danser avec la musique en accompagnant par exemple avec de tout petits pas les croches ou double-croches, ou les syncopes de la musique. Je me demande si c'est une bonne idée que de chercher à en quelque sorte imiter la musique, s'il n'y a pas risque en tout cas, surtout quand on n'est pas un danseur professionnel, d'obéir un peu militairement à la musique.
(3) Même si ce que dit Badiou ne concerne pas que les mouvements lents, j'aime les moments où la retenue est rendue particulièrement visible par Diego et Natasha Benavidez, ou Melina et Detlef.
(4) Méditons cela, nous les danseuses de bal trop séduites par les saludos, voleos, ganchos faits à tort et à travers.
(5) On peut comprendre que les personnes se passionnent pour les costumes, pour l'exacerbation de la différence des sexes par le costume, mais ce n'est là qu'épiphénomène.
(6) Si on regarde la danseuse ou la femme, on ne regarde pas la danse.
Milongas à Annecy
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Année 2011.2012 :
- Les Fondus de tango organisent des milongas régulières au Forum des Romains : deux fois par mois le vendredi soir, comme les deux années précédentes. Le bal -qui rassemble du monde à chaque fois - commence à 20 heures 45, dure jusque vers 23 heures trente. La prochaine milonga des Romains aura lieu le 3 février 2012.
La première visite coûte trois euros avec boisson. Si vous désirez revenir, il vous faudra vous inscrire annuellement soit à la MJC (la MJC propose des cours de tango le mercredi soir) , soit à l'association des Fondus de tango (15 euros) ; à chaque milonga, ce sera trois euros pour une boisson (PAF de la MJC ).
Le calendrier pour l'ensemble de l'année se trouve sur le site "la caminata".
-Une fois par mois, le mercredi soir, pratique gratuite pour les personnes inscrites aux cours de Sofia à la MJC et les adhérents de l'association "les fondus de tango". Le but est d'aider les débutants. Horaire : 20 heures / 22 heures. Lieu : la petite salle de danse de la MJC des Romains où a lieu le cours "débutants" de Sofia. (Précédentes pratiques : les 28 septembre, 19 octobre, 16 novembre, 14 décembre 2011, 4 janvier 2012.
Prochaine pratique le 29 février. (Les autre mercredi soir sont consacrés aux cours de Sofia)
- Deux milongas le samedi soir à l'occasion des stages avec Gisela Passi et Rodrigo Rufino, le 15 octobre 2011 et le 4 février 2012, organisées par les Fondus de tango à la MJC des Romains.

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Un samedi soir sur deux, les tangueros des diverses associations de la région fréquentent assidument la milonguita organisée par Bernard Rappallini, à Pringy, nouveau lieu où s'est installée l'école de danses du monde ADANSE : 459 route des Rutys. Dans un joli cadre, sur un beau parquet, avec les musiques magnifiques que nous proposent Bernard, et de temps en temps Jacques. La première milonguita a eu lieu le 29 octobre, à partir de 20 heures 45 ; entrée : 2 euros.
Calendrier : 5 et 19 novembre ; 3 décembre 2011 ; 7 et 21 janvier 2012 ; 11 et 25 février ; 17 et 31 mars ; 7 et 28 avril ; 5 et 19 mai ; 2 et 23 juin 2012.
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Comment bien apprendre le tango à Annecy (stages, cours)

Les Fondus de tango proposent deux stages de week-end à la MJC des Romains à Annecy avec le merveilleux couple que forment Gisela Passi et Rodrigo Rufino, les 15 et 16 octobre 2011, et les 4 et 5 février 2012.
Deux cours pour débutants sont programmés le 9 décembre 2011 et le 3 février 2012, avant la milonga des Romains à 19 heures.
A partir du 14 septembre 2011, la MJC des Romains propose une formule d'apprentissage du tango argentin qui n'a jamais pu jusque là être mise en place à Annecy :
Pour un nombre limité de couples de danseurs (c'est important pour travailler dans de bonnes conditions), des cours quasi hebdomadaires avec une grande professionnelle du tango (grande par les compétences pédagogiques et le talent de danseuse, bien que toute jeune femme). Sofia Saborido, danseuse argentine vivant à Grenoble, proposera deux cours successifs de 1heure et quart chacun, le premier destiné aux débutants, le deuxième à des personnes ayant déjà pratiqué le tango au moins un an. Elle sera aidée dans son cours par son compagnon.
Chaque mercredi, des danseurs de l'association "les Fondus de tango" seront présents pour aider les personnes du cours "débutants" à consolider leur apprentissage. Chaque fois que Sofia ne pourra pas être présente, en gros une fois par mois, l'association "les Fondus de tango" assurera l'organisation d'une pratique où les habitués inviteront les commençants pour les aider à se lancer dans le bal.
Cette formule est nouvelle à Annecy : jusque là les professionnels intervenaient beaucoup plus rarement, et les bénévoles essayaient de prendre en charge les entraînements, comme cela se fait dans beaucoup d'associations, avec l'idée qu'un débutant n'a pas besoin d'un grand danseur pour faire ses premiers pas. Les "Fondus de tango" ne partagent pas ce point de vue ; ils ont parfois eu eux-mêmes de grandes difficultés pour rencontrer des enseignants de haut niveau, et savent qu'au mieux on perd beaucoup de temps, au pire on construit de mauvaises habitudes dont il est très difficile de se défaire. Apprendre le tango c'est apprendre la technique de la danse à deux dans l'improvisation constante ; c'est une technique très précise qui exige un très bon professeur et qu'on ne soit pas trop nombreux dans le cours. Les membres de l'association sont très heureux de pouvoir soutenir un projet qui leur convient parfaitement et de contribuer à d'aussi bonnes conditions d'apprentissage.
Calendrier pour le premier trimestre : cours les 14, 21 septembre 2011 ; 5, 12 octobre ; 9, 23, 30 novembre ; 7 décembre.
Pratiques les 28 septembre, 19 octobre, 9 novembre , 14 décembre 2011. (Pratiques gratuites ; nouvel horaire à partir du 14 décembre : à 20 heures, dans la petite salle de danse - lieu habituel du cours 1-, pour tous les inscrits à la MJC et les adhérents aux Fondus de Tango).
Calendrier de la rentrée 2012 : cours les 11, 18 et 25 janvier ; les 1er et 8 février.
Pratique, gratuite pour les adhérents des Fondus de Tango, pour aider les élèves de la MJC, le 4 janvier (20 heures dans la petite salle de danse), le 29 février. Vacances du 11 au 26 février.
Hasta siempre, amor
Dansé par Gisela et Rodrigo à Genève en novembre 2011 :
"Hasta siempre amor"
tango 1953
musique : Donato Racciatti
paroles : Federico Silva (paroles en espagnol publiées par "todo tango")
traduction : Jacques Ancet
Hasta siempre, amor, A toujours mon amour
pasarás de otro brazo te prendront d'autres bras
y dolerá el fracaso l'échec nous blessera
igual que hoy. comme il blesse en ce jour
Hasta siempre, amor, A toujours mon amour
corazón como el mío, un coeur comme mon coeur
que compartió tu hastío, qui connut ton malheur
no encontrarás. tu ne le trouveras pas
Y entre la gente buscarás Parmi les gens tu chercheras
la mano amiga que te di la main amie que j'ai tendue
y sólo así comprenderás ce n'est qu'ainsi que tu sauras
que por quererte te perdí. que pour t'aimer je t'ai perdue.
Hasta siempre, amor, A toujours mon amour,
pasarás de otro brazo te prendront d'autres bras
y dolerá el fracaso et l'échec blessera
igual, igual que hoy. comme il blesse en ce jour.
Hoy me sangra el recuerdo Le souvenir me blesse
como una espina nueva comme une épine neuve
del corazón. de mon coeur.
Hasta siempre, amor, A toujours mon amour,
cuando sueñes conmigo quand tu rêveras de moi
en las noches de frío dans les nuits et le froid
ya no estaré. je ne serai plus là.
Y no me llames, si me ves N'appelle pas si tu me vois
a mi también con otro amor, aussi avec un autre amour,
porque es inútil esperar car inutile d'espérer
si la esperanza ya murió. puisque l'espoir est mort déjà.
Hasta siempre, amor, A toujours mon amour,
pasarás de otro brazo te prendront d'autres bras
y dolerá el fracaso et l'échec blessera
igual, igual que hoy. comme il blesse en ce jour.
Dansé par Diego Riemer El Pajaro et Maria Belen Giachello :
" Vieille montre de cuivre" de Marvezzi
Antiguo reloj de cobre
traduction : Jacques Ancet paroles : Eduardo Marvezzi
musique: Eduardo Marvezzi
Très vieille montre de cuivre Antiguo reloj de cobre
qui marques le temps passé que vas marcando el tiempo
tous les moments de ma vie los pasajes de mi vida
qui me rendent tout ému. que me llenan de emoción.
Tu fus l’orgueil de mon père, Fuiste orgullo de mi viejo,
à sa chaîne il t’exhibait te lucía en su cadena
comme un bout de ses années como un cacho de sus años
collé tout contre son cœur. pegado en el corazón.
Que de fois elle a calmé Cuantas veces calmó el llanto
les pleurs du marmot gâté, de consentido purrete,
ma mère comme un jouet mi madre como un juguete,
disait prête-lui allez... decía prestáselo...
et tandis qu’il ronchonnait y mientras él murmuraba,
ma mère, elle, souriait mi vieja se sonreía,
et content je m’endormais y contento me dormía
en jouant avec la montre. jugando con el reloj.
Les ans déjà ont passé, Hoy ya pasaron los años,
mon poil est devenu blanc, se me fue blanqueando el pelo,
et la trique de la vie el rebenque de la vida
n’a cessé de me frapper. me ha golpeado sin cesar.
A la banque où on me prête Y en el banco prestamista
je fais la queue moi aussi he llegado a formar fila
attendant que sur la liste esperando que en la lista
on m’appelle pour le fric. me llamaran a cobrar.
« Pardonne-moi, papa, si je t’ai oublié, "Perdóname, viejo, si de vos me olvido
tu l’as aimée, je sais, et tout autant que moi sé que lo has querido tanto como yo.
Depuis le ciel je sais que tu vas m’engueuler, Sé que desde el cielo me estás campaneando,
toi qui restes à pleurer comme je pleure, moi. y que estás llorando como lloro yo.
Quatre pièces crasseuses contre cette relique, Cuatro pesos sucios por esa reliquia,
la vengeance d’un monde de ruse et de traîtrise.. venganza del mundo taimado y traidor.
Les mains, je me suis mordu, Me mordí fuerte las manos,
cet argent me les brûlait el dinero me quemaba
et tandis que je jurais y mientras que blasfemaba
je suis sorti dans la rue; a la calle enderecé;
et l’image de ma mère y a la imagen de mi madre
je vis qui s'apitoyait vi que me compadecía
et en pleurs qui me disait y llorando me decía:
« Ton père t’a pardonné. » "El viejo te perdonó".
Ce tango, impossible à lire séparément de sa musique, est magnifiquement interprété par l'orchestre de Pugliese :
Elegance des champions du monde de tango de salon
Natasha et Diego Benavidez, couple colombien, originaire de Bogota, qui pratique le tango depuis une quinzaine d'années, sont les champions du monde de tango de salon 2011. Ils dansent avec une élégance, une fluidité, une harmonie entre eux et la musique telles que je ne me lasse pas de les regarder sur "you tube" ( pourtant -m'a-t-on dit- on ne peut saisir en regardant une vidéo l'énergie qui était sensible quand on pouvait les voir sur scène). Leur style "Villa Urquiza" est celui qui est en ce moment récompensé dans les concours (catégorie tango de salon) à Buenos-Aires. Ce couple sait aussi danser de manière beaucoup plus spectaculaire ; en témoignent d'autres vidéos. Ce ne sont pas des danseurs de bal. Mais le choix d'une relative simplicité, l'accent mis sur la complicité entre eux et la douceur, leur va vraiment bien.
Les résultats du concours de Buenos-Aires montrent, par le nombre de couples non-argentins dans le début du classement (les seconds sont Vénézuéliens), que le tango est bien plus qu'une danse appartenant au patrimoine d'un pays particulier : elle est la danse de couple par excellence.
Pour voir d'autres vidéos de Diego et Natasha, voir le site dance forum
Natasha et Diego Benavidez à Paris
En septembre 2011, sur la place du Trocadero :
Milonga au Trocadéro - TANDEM PARIS BUENOS AIRES par INSTITUT_FRANCAIS
"Le tango, c'est partager", dit Diego Benavidez (compartir) : danser à deux, avec le coeur, en écoutant ensemble la musique, sans chercher à prévoir ce que l'on va faire. "Le tango, c'est l'abrazo", c'est par l'abrazo que l'on prend soin de son ou sa partenaire. (Notons que pour y réussir, il faut avoir beaucoup travaillé tout de même).
Nous avons entendu aussi dans cette vidéo que le tango n'est pas d'un pays particulier mais du monde entier (l'Argentine, dit Sol Bustelo, est elle-même un pays où se retrouve le monde entier).

La dette publique
Nous vivons des temps difficiles. Difficile de vivre comme si tout allait bien, ou comme si le tango pouvait tenir lieu de refuge. Depuis un certain temps, cela me préoccupe d'ajouter une rubrique, dans ce blog consacré au tango, où il serait question de tout autre chose que de tango, où il serait question des soucis qui nous rattrapent quand la musique se tait...
Parce que certains d'entre nous, dont la danse est -espérons-le- de meilleure qualité que leurs idées formatées par les medias, croient que ce sont les classes moyennes et populaires grecques qui sont fautives, ou bien encore parce qu'on entend dire que nous avons vécu au-dessus de nos moyens depuis 1973 et qu'il est temps que les privatisations mettent de l'ordre :
Beau stage à Annecy avec Gisela et Rodrigo

Les 15 et 16 octobre, à la MJC des Romains à Annecy, les Fondus de Tango ont eu la chance d'accueillir une nouvelle fois Gisela Passi et Rodrigo Rufino dont nous avons déjà beaucoup dit l'élégance et dans leur danse et dans leurs rapports avec les autres. Gisela et Rodrigo sont incontestablement de belles personnes, pas seulement extérieurement parce qu'ils sont jeunes et beaux, mais encore par leur manière de s'adresser aux autres.
Ce récent stage a été à la hauteur des attentes : quatre ateliers avec un nombre limité de participants, permettant de travailler la technique pour le bal, cette fois la pisada (c'est à la manière de poser les pieds que l'on voit les bons danseurs et danseuses), l'exactitude du moment de la pose des pas en fonction de la musique ; a été travaillé aussi le bon moment pour les pivots : les danseuses ont souvent le défaut d'enchaîner mécaniquement un pas immédiatement après le pivot (en arrière ou en avant), alors qu'il s'agit d'enchaîner le pivot au pas qui le précède et de prendre son temps pour le pas qui suit. Le travail strictement technique a été immédiatement investi dans des tours où l'on montrait que la femme ne peut se contenter d'écouter son partenaire mais se doit d'être très réactive, le pivot étant comme le début d'un tour de la femme sur elle-même que l'homme limite.
Comme à l'accoutumée, une milonga a eu lieu le samedi soir ; il semble que nous progressions dans le respect des règles du bal, et que devienne claire la différence entre tango de bal et tango spectacle. L'idée que l'on danse pour être ensemble et non pas pour s'exhiber commence à faire son chemin.
Le prochain stage chez les Fondus de tango avec Gisela et Rodrigo aura lieu en Savoie, à Brison Saint Innocent, les 10 et 11 décembre. Inutile de dire que c'est une chance d'y être inscrit.
