Nouvelle traduction du très beau tango "YUYO VERDE" écrit en 1944 par Homero Expósito.

Présentée pendant l'atelier "tango" à la MJC des Romains le 9 juin 2010, lors d'un dernier quart d'heure culturel, consacré aux paroliers-poètes du tango Homero Manzi et Homero Expósito :

Auteur des paroles de Yuyo Verde, Homero Expósito est avec Homero Manzi et Enrique Santos Discépolo l'un des plus importants paroliers-poètes du tango.

    Sa carrière fut plus longue que celle d'Homero Manzi (1918-1987). Plus libre qu'Homero Manzi dans son écriture (il pratique souvent le vers libre alors que le premier reste dans la tradition du vers compté), il en est proche par sa rigueur, son exigence, et par son appartenance à la veine romantique des années 40.


Callejón...callejón...
lejano... lejano...
íbamos perdidos de la mano
bajo un cielo de verano
soñando en vano...
Un farol... un portón...
— igual que en un tango
y los dos perdidos de la mano
bajo el cielo de verano
que partió...

Déjame que llore crudamente
con el llanto viejo del adiós...
adonde el callejón se pierde
brotó este yuyo verde
del perdón...
Déjame que llore y te recuerde,
— trenzas que me anundan al portón ;
de tu país ya no se vuelve
ni con el yuyo verde
del perdón.

¿Dónde estás...dónde estás...
adónde te has ido ?
Dónde están las plumas de mi nido,
la emoción de haber vivido
y aquel cariño...
Un farol... un portón,
— igual que en un tango —
y este llanto mío entre mis manos
y este cielo de verano
que partió.

Paroles : Homero Expósito
Musique :Domingo Federico


Chanté avec beaucoup de charme et sensibilité par Emma Milan dans son album "Serenata porteña".


Herbe verte

Petit’ rue, petit’ rue
si  lointaine , si loin,
nous allions la main dans la main
sous le ciel de l’été, perdus,
rêvant en vain.
Une porte... un falot...
— comme dans un tango —
et tous deux perdus main dans la main,
sous ce ciel de l’été lointain,
qui n’est plus…

Laisse-moi verser des larmes amères,
avec l’adieu et ses vieux pleurs si longs,
là où cette petite rue se perd
elle a poussé l' herbe verte
du pardon.
Laisse-moi que je pleure et me rappelle,
—à ta porte tes tresses, ma prison ;
de chez toi nul ne revient, même
avec l' herbe verte
du pardon.

Où es-tu... dis où es-tu...
mais où es-tu partie ?
Où sont les plumes de mon nid,
et l’émotion d’avoir vécu,
aimé aussi...
Une porte... un falot...
—  comme dans un tango —
et ce sanglot entre mes mains
et ce ciel de l’été lointain
qui n’est plus...

Traduction : Jacques Ancet

N.B. Le mieux pour traduire "yuyo verde" serait "herbe folle" : mais comment  en ce cas trouver des assonances aussi nombreuses en français qu'en espagnol pour la deuxième strophe? La traduction est un compromis, ou plutôt obéit à des exigences hiérarchisées ; l'exigence première concerne la cohérence rythmique du texte ; celle-ci contraint parfois à renoncer à une réussite qui demeurerait locale. Ici, J.A. a "choisi" de rassembler les éléments de la deuxième strophe à l'aide du phonème [e] de "herbe verte", "Mauvaise herbe" qui conviendrait aussi aurait l'inconvénient de la connotation négative de "mauvaise".


Interprétation d'Edmundo Ribero :